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mardi 8 juin 2010 par Nord-Sud

Mme Guéi Christelle n'est pas une femme ordinaire. Elle est garde pénitentiaire à la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan. C'est-à-dire qu'elle fait partie des geôliers qui surveillent les 18.000 pensionnaires du baigne, à Yopougon. Christelle, au mépris des règles de conduite régissant sa corporation, lie une solide amitié avec César B. Celui-ci est un détenu qui tend vers la fin de sa peine privative. Selon une source proche de l'administration pénitentiaire, César a été condamné à dix ans fermes pour vol de nuit en réunion à main armée par le tribunal de Sassandra. C'est donc un prisonnier déplacé qui avait déjà purgé six ans de prison à la Maca. Il restait au bagnard quatre ans à purger sous les verrous. Les détenus en fin de punition accomplissent les corvées. Certains font par exemple du jardinage. D'autres apprennent par exemple la mécanique dans le garage de la prison , explique Christelle, au physique généreux.

César faisait mes petites corvées

C'est donc dans ces conditions qu'elle tisse une relation de confiance avec César. Selon elle, le prisonnier à travers son comportement exemplaire a gagné sa confiance au point où la garde pénitentiaire se confie à lui. Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut remonter au 30 mai. Ce jour-là était dédié à toutes les mamans. Christelle est célibataire et mère de quatre enfants. Elle loge dans l'un des appartements de la cité réservée aux geôliers de la Maca. A vrai dire, Christelle est une femme bien en chair dont la vue aguiche plus d'un homme. Teint marron avec une taille d'environ 1m80, poitrine ferme, elle a tout pour séduire un ange et de surcroît un détenu en quête de relation charnelle. Au nom de la confiance qu'elle voue à César, la gardienne de prison, l'invite à son domicile. Si Christelle ne dit pas expressément qu'elle avait une intimité avec le détenu, il n'en demeure pas moins qu'elle avait un penchant pour celui qu'elle considérait comme son bon petit . Voici ce qu'elle affirme : Je l'ai fait sortir de sa cellule. Il est venu chez moi à la maison. Je voulais qu'il répare l'antenne de mon téléviseur. Il y avait aussi l'antenne parabolique qui était en panne. Donc, je l'ai fait sortir pour qu'il vienne faire le dépannage. Il mangeait chez moi. Christelle déclare aussi que le bagnard accomplissait les petites corvées pour elle sans donner d'autres précisions. Au début, poursuit-elle, César était au garage où il apprenait la mécanique.

Y-a-t-il un lien entre réparer une voiture et faire le dépannage d'une antenne de téléviseur? , s'interroge-t-on. Tout compte fait, César après avoir accompli les tâches que lui avaient confiées sa bonne vielle mère , ne s'est pas fait prier pour prendre sa liberté en s'évadant de la prison. C'est Christelle elle-même qui le dit avec une certaine légèreté. Quand il a fini le travail, je lui ai dit de repartir dans sa cellule. Mais il n'a pas suivi mon injonction. C'est ainsi qu'il s'est échappé en fuyant , indique-t-elle. La garde pénitentiaire vient de commettre une lourde faute professionnelle en laissant filer à l'anglaise un détenu qui n'avait pas encore fini de purger sa peine. Christelle est poursuivie par le ministère public pour complicité d'évasion, négligence et connivence avec un détenu. Au tribunal des flagrants délits de Yopougon, hier, la juge appelle la prévenue à la barre. Vêtue d'un complet pagne (maxi) de couleur vert-citron avec une écharpe violette placée à l'épaule, Mme Guéi Christelle, tête basse avance lentement. La magistrate lit son procès verbal mais elle ne finit pas lorsque la mise en cause lâche de sa bouche. Je vous demande pardon ! Je vous demande pardon ! Je vous demande pardon ! , plaide-t-elle en sanglots. La présidente du tribunal lui demande pour quelle raison elle a fait sortir le détenu de sa cellule. Vous êtes à la Maca. Ce n'est pas pour dormir. Vous devez surveiller les prisonniers. C'est votre travail et c'est pour cela que l'Etat vous verse un salaire. Dites-nous pourquoi vous avez fait sortir le prisonnier , insiste la juge. Mais l'accusée réitère son plaidoyer les larmes aux yeux. Je ne sais pas ce qui m'a prise. Je vous demande pardon , répète Christelle sous le regard médusé de ses collègues, venues en grand nombre au tribunal, pour soutenir l'inculpée. Toutefois, la juge, visiblement révoltée par la négligence de la garde pénitencier, lui fait cette remontrance en la tutoyant: Tu n'as pas le droit de faire sortir un prisonnier. Tu n'es ni le procureur de la République ni le juge chargé de l'application des peines. A ce titre, tu fais sortir un détenu ? Tu n'as aucune autorisation. Il y a des ouvriers mis à votre disposition pour faire vos travaux domestiques. Cela ne t'a pas suffit. C'est vrai que vous travaillez sous nos ordres. Mais force reste à la loi , tranche la présidente du tribunal. Pour le ministère public, l'acte posé par la mise en cause est d'une extrême gravité qu'il jette un lourd discrédit sur toute la corporation des geôliers de la maison d'arrêt et de correction(Maca).

Les forces de l'ordre font des efforts pour débarrasser la société des bandits. Nous-mêmes, ici, au tribunal, on s'égosille chaque jour lors des procès. Il est donc inacceptable voire inadmissible que de tel acte puisse rester impuni. Des cas d'évasion ne se font pas sans une complicité des gardes pénitentiaires. Le cas présent est un témoignage édifiant , insiste le substitut du procureur de la République en requérant trois mois fermes. Le tribunal s'est donné un temps assez long avant de prendre sa décision. C'est donc à la fin des procès que la juge rend le verdict. Mme Guéi Christelle est reconnue coupable des faits de complicité, négligence et connivence avec un détenu. En répression, le tribunal la condamne à un mois de prison assorti d'une amende de 50.000Fcfa. Christelle sort du tribunal comme elle est venue, la tête baissée pour prendre la direction de la Maca. Cette fois-ci, elle va rester enfermée dans une cellule de la prison. Ironie du sort !

Un compte rendu d'audience de Ouattara Moussa

N.B : L'identité de l'évadé n'a pas été communiquée par le tribunal. Nous avons donné un nom d'emprunt au détenu (fugitif)


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