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 mercredi 10 février 2010 par Le Nouveau Réveil

Au moment où notre pays vit au rythme d'un délestage traumatisant et alors que le monde politique ivoirien danse le tango, il est bon de rappeler aux uns et aux autres, ce que fut pour la Côte d'Ivoire, les Ivoiriens et le monde entier, la décennie heurtée vécue sous la refondation. Années du patriotisme, de la résistance, du désarmement, de la paix à l'ivoirienne ou bien année du dialogue direct et j'en passe, la refondation possède sa propre lecture et sa propre interprétation de l'évolution politique et sociale de la Côte d'Ivoire. Suivez donc, si vous le voulez bien, le guide.
2000 :l'année des élections calamiteuses en Côte d'Ivoire. Sur toute l'étendue de la planète, le bug informatique tant redouté de l'an 2000 n'a pas eu lieu. La Côte d'Ivoire connaîtra plutôt, un " bug politique " que l'Histoire aura consigné pour toujours comme étant celui des " élections calamiteuses " ! Ce scrutin censé inaugurer le régime de la deuxième République enregistre comme population votante un total de 5.475.143 citoyens. Seulement 2.049.018 individus prennent part au vote pour un suffrage exprimé de 1.795.005 soit un taux de participation de 37,42%. Les résultats obtenus sont les suivants :
-M. Guéï Robert (indépendant) : 587.267 soit 32,72% des suffrages exprimés.
-M. Gbagbo Laurent (FPI) : 1.065.597 soit 59,36% des suffrages exprimés.
- M. Wodié Francis (PIT) : 102.253 soit 5,70% des suffrages exprimés.
- M. Mel Théodore (Indépendant) : 26.331 soit 1,47% des suffrages exprimés.
-M. Dioulo Nicolas : (Indépendant) : 13.558 soit 0 ,75% des suffrages exprimés.
A la lecture de ce tableau, il convient de retenir une chose essentielle : la liste provisoire de 2010 portant sur quelques 6.000.000 d'inscrits définitifs est largement et amplement significative pour la tenue d'une élection crédible et digne d'intérêt. On n'a pas mieux fait en l'an 2000 !
2001 : An I du régime dit de la Refondation ; c'est l'année dévolue à la réconciliation après le difficile accès du Front populaire ivoirien au pouvoir d'Etat. Le dessein est certes louable mais est -il sincère ? Nos socialistes bourrés de certitudes n'ont-ils pas eux-mêmes déclarés être venus pour faire la politique sur la base d'un socialisme scientifique, visant à gouverner le peuple ivoirien dans la transparence ? Dès lors, le Forum national de Réconciliation organisé à grands frais et à grand renfort de publicité accouchera d'une souris. Les Ivoiriens l'auront appris à leurs dépens, la classe politique surtout. Après tout, on ne leur demandait rien du tout. De quoi pouvaient-ils se mêler ?
2002 : C'est année de la triple attaque armée sur les trois plus grandes villes du pays : Abidjan, Bouaké au centre et Korhogo au Nord. Si Abidjan vacille sans toutefois succomber, ce n'est pas le cas pour les deux autres capitales régionales dont la chute consacre la perte des 60% du territoire national au profit de la rébellion. La prompte médiation sénégalaise arrête le " massacre " puisque le 2 octobre 2002 par l'entremise du ministre des affaires étrangères Cheikh Ousmane Gadio, le président Abdoulaye Wade arrive à conclure un cessez-le-feu soit 21 jours après l'attaque ! Lomé où se déroule en fin d'année des pourparlers inter-ivoiriens entre rebelles et légalistes vient en appui à Dakar en faisant taire (?) les canons. La rébellion a désormais un nom et des visages. Enfin ! Le FPI baptisera l'année 2002 année du patriotisme ivoirien !
2003 : C'est l'année de la Table-ronde dite de Linas-Marcoussis, connue depuis lors comme la " mère " de tous les Accords de paix de l'interminable conflit inter-ivoirien ! Les conférences de Kléber et de Marcoussis ont réussi à mettre en place un gouvernement de large ouverture et de réconciliation nationale. L'année 2003 sera pour le régime des refondateurs, l'année de la Résistance car le régime terriblement secoué a failli sombrer et disparaître pour toujours ! Réaliste, le chef des refondateurs conclut modestement : que faire ? Je n'ai pas gagné la guerre, il me faut composer avec mes adversaires ! Un premier ministre de réconciliation est nommé (M.Seydou Elimane Diarra) et l'ex rébellion acquiert une existence légale devenant- une expression de Bédié nous dit-on- les Forces Nouvelles.
2004 : Année des Accords d'Accra II et III. Ces derniers ont eu pour effet d'africaniser Marcoussis et de rassurer les acteurs : répartition des postes sensibles tels que la défense et l'Intérieur. Cette année est l'amorce du désarmement d'après les frontistes, la Défense et l'Intérieur étant sous contrôle. En juillet (le 4) et de manière solennelle, les militaires ivoiriens des deux camps (Fanci et Fafn) prennent la ferme résolution de ne plus recourir aux armes pour régler leurs différends.
2005 : Les négociations se déportent en Afrique du Sud avec les Accords de Pretoria (I) et (II)
Le frontisme, toujours inspiré, proclame 2005, l'année de la réunification et de la paix. En effet, Pretoria I a débouché sur l'idée d'organiser des élections ouvertes à tous ! Pretoria II voit la nomination d'un Haut représentant pour les élections (HRE) en la personne de Stoudman. De quoi rassurer les frileux dira le chef des refondateurs. La sérénité cependant ne semble pas véritablement de mise avec la nomination comme premier ministre d'un banquier central venu de Dakar et fortement soutenu par la communauté internationale (Charles Konan Banny). Tandem ou concomitance ? Le nouveau premier ministre va consacrer son temps à rechercher un impossible consensus. La cohabitation à la tête de l'exécutif eut bientôt du plomb dans l'aile alors que-déjà- germe dans les esprits l'idée d'une Paix par les Ivoiriens eux-mêmes.
2006 : C'est l'année terrible, celle des déchets toxiques importée d'Europe et qui n'ont pas fini de faire parler d'eux. La cohabitation n'a pas donné tous les résultats escomptés et la fin de l'année voit la mise à jour d'une nouvelle idée : la Paix inclusive découlant des seuls Ivoiriens.
2007= L'Année de la paix par les ivoiriens sera l'année du dialogue direct conclut le 4 mars 2007. Ouagadougou venait ainsi d' " ivoiriser " tous les Accords en supprimant le poste " dégradant et déshonorant " de HRE (Haut représentant aux élections) et les a confiés au Burkina-Faso naguère supposé être le parrain de la rébellion ivoirienne. Avec la belle trouvaille qu'est l'APO (Accord politique de Ouaga) tous pensent avoir enfin trouvé la voie et le bon ton qui doivent nous conduire à la paix totale et définitive. A l'image de Corneille dans la tragédie classique, le frontisme peut clamer haut et fort : " Sois désormais le Cid et qu'à ce grand nom tout cède ". Pour toute la nation ivoirienne, c'est la ferme promesse d'une élection dans dix mois, soit aux mois d'octobre ou de novembre 2007! Pour mémoire disons que " le dialogue direct ", version à l'ivoirienne de la Paix des braves, le PDCI-RDA l'avait préconisé et recommandé, en vain au FPI, trois jours après la survenue de la crise armée du 19 septembre 2002. Cinq années plus tard, elle a lieu mais dans des conditions devenues délicates voire difficiles. Ce fait, très significatif mérite d'être souligné et médité.
2008 : Année du désarmement et du démantèlement des milices marquée par les cérémonies de la Flamme de la Paix à Bouaké et à Guiglo. Les élections prévues le 28 novembre sont une nouvelle fois reportées.
2009 : Année de la confection des listings électoraux. La liste définitive portant sur plus de cinq millions d'électeurs est enfin en notre possession mais le listing électoral définitif ne sera qu'une vue de l'esprit. Pour un million de cas dits litigieux les élections ne peuvent se tenir à la date prescrite du 29 novembre 2009. C'est officiellement et sans regret aucun de la part du régime en place, le 6ème report de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire connue comme étant à ce jour la plus chère du monde par tête d'électeur.

2010 : Année du cinquantenaire des Indépendances avec le questionnement suivant : qui sommes-nous ? D'où venons-nous et surtout où allons-nous ? Comment oublier que cette année est aussi celle des élections déjà reportées à six reprises depuis 2005 ? Il ne semble pas que les Ivoiriens aient eux non plus droit au vote quand on se réfère à la prétendue fraude qui agite le landernau politique avec le cas des 429.000 électeurs.
Alors que la perspective d'un 7 ème report taraude la pensée de chacun et de chacune d'entre-nous, on peut légitimement se poser la question suivante : que doit être pour tous l'an 2010 ? Année du cinquantenaire, de la coupe du monde ou année des élections ?
La réponse à cette question est sans équivoque. L'année 2010 doit être à tous prix celle des élections. On ne doit pas la baptiser d'un autre nom à moins de nous réserver à nous-mêmes des lendemains incertains. A nous de préserver dès maintenant nos acquis en " sauvant " notamment la seule " commission indépendante " que nous nous sommes nous-mêmes librement et volontairement donnés. A nous de démontrer au monde entier que nous sommes un peuple mûr qui n'a pas de leçon de démocratie à recevoir des autres. A nous de " tuer " en nous la " peur " en allant au vote ! Comment fêter dignement l'Indépendance et singulièrement ce cinquantenaire en agissant en tout comme des êtres qui ne savent pas ou ne veulent pas être indépendants ! Ne donnons surtout pas raison au sage Boubou Hama qui, un jour, lança du haut d'une tribune cette pensée forte: il y a de quoi plaindre ce pays où la moindre action administrative est prise en otage par les partisans du tout politique.
TIACOH Carnot, PDCI-RDA.





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