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vendredi 17 juillet 2009 par Le Repère

Le premier président ivoirien avait coutume de dire qu'un homme qui a faim n'est pas un homme libre. Chose normale. Le besoin vital de l'être humain est de se nourrir quel que soit son environnement. Par exemple, en zone rurale, les populations satisfont leur besoin de nourriture en travaillant la terre. Ce qui leur permet de produire des vivriers pour l'alimentation des différentes familles. Aussi les acheminent-ils en ville pour ravitailler les marchés. A côté des vivriers, nous avons en zone urbaine, les produits industriels qui sont fabriqués dans les entreprises en quantité importante. Ils sont vendus dans les boutiques, les supermarchés, les commerces, les bazars, les halles etc. Ce sont entre autres, les produits oléagineux, les produits laitiers et la confiserie. Cependant, ces articles sont objet de contrefaçon. Ces produits de contrefaçon inondent nos marchés à la grande insouciance des consommateurs et des autorités publiques. En l'espace de quelques années, la contrefaçon a gagné des proportions inquiétantes. Elle est passée d'un stade artisanal à l'échelle d'une véritable industrie qui macule tous les secteurs d'activité. Tout se copie et se vend sur nos marchés.

Au grand marché d'Adjamé

Une foule de personnes attroupées autour d'une commerçante attire votre attention. On pouvais déjà entendre ""Bonnet Rouge 200f". C'est sans surprise que nous avons constaté que le produit proposé par la marchande était de la pure contrefaçon. Cependant, l'article présente les mêmes caractéristiques que le "Bonnet Rouge" original. Sauf qu'il ne porte pas le même nom. Les clients affectionnent le produit et s'approvisionnent en masse. Ce sont en majorité des tenanciers de kiosque dans les quartiers et quelques particuliers. "Je l'achète pour faire le café à mes clients. Et cela coûte moins cher. Ce qui fait que je gagne un peu plus qu'en achetant un lait cher" dit ce client, très heureux de faire une bonne affaire. La commerçante, harassée par mon questionnaire à ces acheteurs me tend une boîte en proposition de vente. "Y a pas de problème sur le lait. Je le vends chaque jour et ça marche. Les gens n'ont pas d'argent actuellement et préfèrent acheter les choses moins chères. Achète et tu vas goûter" me propose-t-elle. Chose qui me permet de prendre plus connaissance avec la marchandise. A quelques mètres, non loin de la mairie, un alignement de magasins offre de la confiserie. C'est-à-dire tout ce qui est friandise, sucrerie. A savoir, les bonbons, les dragées, les caramels, les chocolats etc. Tous ces produits proviennent des pays étrangers. En l'occurrence les pays asiatiques et de quelques pays de l'Europe. La porosité de nos frontières et la corruption favorisent malheureusement la prolifération des produits contrefaits. Sur les emballages, aucune mention française n'est à observer. Alors que les lois ivoiriennes stipulent que les informations portées sur l'emballage d'un produit commercialisé en Côte d'Ivoire doivent être mentionnées dans la langue locale. Une chose qu'on est loin de remarquer. Mais cela n'est pas fait pour décourager les acquéreurs qui au contraire se bousculent. "Ce sont des bonbons et des biscuits de bonne qualité et qui sont très appréciés par nos enfants dans les écoles" rassure Mme Léo, commerçante dans un établissement primaire à Yopougon. Aussi, les boîtes de conserves, les mayonnaises, les sauces, et autres produits de consommation sont-elles présentes à des prix défiant toute concurrence.


Les clients font une bonne affaire lorsque les entreprises grincent les dents

La pauvreté est un fait réel en Côte d'Ivoire. "Le taux de pauvreté tourne autour de 43% soit une augmentation de 3 à 4 points par rapport à 2002" a déclaré André Carvalho, directeur pays du Pnud en Côte d'Ivoire, lors d'une conférence de presse animée à Abidjan en situant la pauvreté à un revenu inférieur à un dollar par jour. Et 9% et 22% des ménages ruraux connaissent l'insécurité alimentaire. Toute chose qui justifie aisément la ruée des consommateurs vers les produits moins chers au détriment des dangers liés à la consommation. "Je viens d'acheter cette grosse boîte de mayonnaise à 1500f. Ce qui me permettra de faire l'assaisonnement de mes poissons que je braise". Ainsi dame Angèle exprimait sa joie relative au prix de l'article qu'elle venait de s'offrir. Les clients font une bonne affaire lorsque les entreprises grincent les dents. La contrefaçon en général influence négativement l'économie nationale et internationale. Ainsi, le manque à gagner pour l'économie mondiale est de 500 milliards d'euros. 83% des entreprises africaines considèrent la contrefaçon comme préoccupation majeure, 5 à 10 milliards de Fcfa de perte par entreprise selon l'Aia, 780 milliards de Fcfa de perte par an pour l'économie nationale (Fraude et contrefaçon). Par ailleurs, les opérateurs économiques éprouvent des extrêmes difficultés à préserver l'emploi. Et pourtant, de nombreux efforts ont été consentis tant au niveau international qu'au niveau national. Au plan national, l'Etat a créé des structures chargées de lutter contre la contrefaçon. A savoir, l'Office ivoirien de la propriété intellectuelle (Oip), la sous direction de la douane chargée exclusivement de lutter contre la contrefaçon.


Sensibiliser tous les acteurs et les pouvoirs publics

Il est non seulement important d'informer les consommateurs sur les dangers encourus sur la santé par l'usage des produits contrefaits, et les commerçants sur les risques pénaux occasionnés par la vente des produits contrefaits. Aussi, fau-t-il informer et former les opérateurs économiques à la gestion dynamique de leur portefeuille industrielle. Et sensibiliser les distributeurs et les consommateurs sur les méfaits de la contrefaçon des produits alimentaires.


Morgan Ekra


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