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jeudi 9 juillet 2009 par Le Patriote

Un morceau de pagne pour certains, quelques vêtements pour d'autres. C'est tout ce qu'ils ont pu sauver. Les habitants du quartier Ayakro Yoplait, dans la commune de Yopougon, sont des sinistrés. La pluie tombée dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 juin dernier leur a encore été fatale. Ils ont dû abandonner leurs maisons envahies par les eaux pour se refugier chez des voisins. Une situation qui perdure depuis le début de la saison pluvieuse. A chaque montée des eaux, c'est comme ça. Les voisins sont leur dernier secours. Ces eaux proviennent du lac artificiel qui s'est créé dans le quartier, à mi-chemin entre le mur de l'usine de fabrication de yaourt Yoplait, qui a donné son nom au quartier, et les concessions des habitants. Un crocodile avait même élu domicile dans le lac, avant d'être tué par les forces françaises de la licorne et des éléments de l'armée ivoirienne. Pourtant, avec le déclanchement du plan ORSEC (Organisation des secours), au lendemain des pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville d'Abidjan, et qui ont provoqué la mort d'une vingtaine de personnes, les habitants du quartier avaient reçu des assurances de la part du gouvernement. Le préfet d'Abidjan est venu ici le 14 juin. Il est revenu deux jours après pour nous annoncer que nous allons être logés au parc des sports de Treichville en attendant qu'on ne trouve des solutions. Mais nous attendons toujours , explique dame Koré Gbaï Bernadette, une des sinistrées. Pour les habitants du quartier, il ne fait aucun doute qu'ils ont été abandonnés à leur triste sort. En début de semaine, nous avons eu une autre réunion avec la préfecture. On nous a fait savoir que Treichville était trop loin et qu'on allait trouver des sites pour nous à Yopougon et que ceux d'Abobo allaient également rester dans leur commune. La date du jeudi 9 juillet (ndlr, aujourd'hui) a été retenue pour le début des opérations. Le maire de Yopougon nous a donnés ses numéros afin que nous puissions le contacter en cas de problème avant le jour indiqué. Lorsque nos maisons ont été inondées, nous avons appelé le maire pour l'informer, mais dès que nous avons évoqué le problème, la communication s'est interrompue. Et, depuis, personne ne nous a recontacté , ajoute une autre habitante du quartier.
A Ayakro Yoplait, malgré les affres de la nature, les positions sont partagées sur l'opération de déguerpissement préconisée par le plan ORSEC. N'étant que de simples locataires, les familles Koré, Kouakou, Zagba et Edi, avec tout ce qu'ils subissent depuis le début de l'hivernage, sont prêtes à partir. Même s'ils nous logent dans des écoles, nous sommes prêts à quitter ici. On ne peut plus dormir dans nos maisons. Nous attrapons le ver de guinée et la gale. Nous sommes tous malades. On nous avait annoncé que la Croix-Rouge allait venir à notre secours, mais nous n'avons vu personne. Nous ne voulons plus rester ici, mais nous n'avons pas les moyens de louer une maison normale avec des cautions de 250 000 à 300 000FCFA , clament-ils en ch?ur.

Le plan ORSEC, une coquille vide !

Menacée également par les eaux du lac, la famille Bouabi rechigne pourtant à abandonner son habitation. Des gens sont passés nous informer de la décision du gouvernement de nous loger temporairement ailleurs. Nous avons répondu que nous ne partirons pas sans avoir reçu une autre habitation. Personne n'a été emportée par les eaux ici. Il n'y a pas eu de mort dans notre quartier. Ici, nous sommes chez nous. Imaginez que nous partions et qu'on casse la maison et que nous n'obtenions rien après. Qu'allons-nous devenir plus tard , s'interrogent-ils.
A l'instar des membres de cette famille, plusieurs autres des quartiers sinistrés d'Abobo, de Banco, Mossikro et Sebroko à Attécoubé ou encore de gobelet à Cocody sont confrontées au même dilemme. Les résidents de ces quartiers précaires ont été informés par le coordonateur de plan ORSEC, le préfet d'Abidjan Sam Ettiassé, de l'imminence de leur recasement sur de nouveaux sites. Mais, vu les nombreux incertitudes qui planent sur cette opération, les sinistrés se posent de nombreuses questions. Nous allons être relogés pour quelques temps et après qu'est-ce qui se passera ? Allons-nous recevoir des frais de dédommagements, on ne le sait pas. Nous ne volons surtout pas être des sans abris demain , affirment ces populations. Des interrogations tout à fait judicieuses. En effet, malgré tout le boucan médiatique fait autour du plan ORSEC, force est de constater que plus de trois semaines après son déclenchement par le ministre de l'Intérieur Désiré Tagro, pas grand-chose n'a été faite jusqu'à présent. Précipitation, manque de moyens financiers, les arguments ne manquent pas. Interrogé sur le budget alloué par le gouvernement pour l'exécution du plan, le préfet d'Abidjan s'est contenté de répondre qu'il informera le gouvernement des moyens dont il a besoin après le recensement de tous les problèmes. Toute fois, il a indiqué que le plan est à la recherche de 124 278 229 FCA. Les entreprises privées ont encore été appelées à la rescousse. Des appels qui font dire aux uns et aux autres que le gouvernement a mis en place une coquille vide. C'est certainement ce manque de moyens qui a fait retarder le relogement des sinistrés et non l'argument de sensibilisation des populations comme veut le faire croire le coordonateur du plan. Car le préfet d'Abidjan n'a-t-il pas dit lui-même qu'il ne peut y avoir d'opposition à un plan d'urgence . Dao Maïmouna


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