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lundi 7 avril 2008 par Le Nouveau Réveil

Une concertation pour rien. C'est en tout cas, ce que l'on peut déduire après la rencontre entre le Chef de l'Etat et les responsables des associations et mouvements de consommateurs de Côte d'Ivoire. Rencontre consécutive à la série de manifestations des femmes et des jeunes contre la vie chère. Et au cours de laquelle Laurent Gbagbo a proclamé la diminution des prix de première nécessité en évoquant la suppression de la TVA et la réduction des droits de douanes. Une demie décision qui a eu le mérite d'avoir mis un terme aux manifestations. Mais qui en réalité n'ont eu aucune incidence sur les prix. La preuve, les prix dans les magasins et autres supermarchés ainsi que dans les marchés n'ont aucune diminution. Les produits de première nécessité coûtent toujours aussi cher après la sortie de Gbagbo qu'avant. Et les commerçants ne sont pas prêts ; alors pas du tout, pour réduire les prix ne serait-ce que d'un seul centime. Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement dans la mesure où la loi n'est pas rétroactive. Elle dispose plutôt pour l'avenir. Les commerçants qui connaissent parfaitement ce principe élémentaire en droit soutiennent qu'ils ne peuvent pas diminuer quoi que ce soit. Pas parce qu'ils veulent défier l'autorité de qui que ce soit, mais par pure logique. Selon eux, les stocks dont ils disposent ont été achetés, et dédouanés avec les anciens taux et les anciennes taxes de la TVA. Et en conséquence de tout cela qu'ils ont fixé les prix. On ne peut pas leur demander de réduire ces prix. Ce qui équivaudrait pour eux, une vente à perte de leurs marchandises. Tout au plus, sont-ils prêts à appliquer la réduction, sur les prochains stocks. C'est-à-dire les livraisons qu'ils vont recevoir après avoir vendu les stocks actuellement entre leurs mains.
Aucune mesure de suivi
A supposer même que les stocks actuels dans les boutiques et magasins s'épuisent et que les commerçants soient amenés à appliquer la réduction réclamée par Gbagbo. Quelles sont les mesures dont dispose le gouvernement pour se rendre compte de l'effectivité de la réduction des prix sur le terrain? De quelle technique ou d'équipes dispose-t-on pour aller contrôler le prix fixé par le commerçant ou le Mauritanien qui se trouve à Abobo Sagbé ou à la Riviera pour s'apercevoir que ces derniers ont appliqué la volonté du Chef de l'Etat? Il semble que le gouvernement n'y a pas pensé. Il y a donc d'un côté le Chef de l'Etat qui parle et prend des mesures pour se tirer d'affaire et de l'autre, les commerçants qui agissent en appliquant les prix qui les arrangent. Un dialogue de sourds entre les deux entités. Dialogue de sourds dont le perdant demeure le client dans la mesure où on ne peut pas agir par la force contre les commerçants. Même si le Chef de l'Etat a demandé à ces derniers d'appliquer les nouveaux tarifs avec diligence, ceux-ci ont à leur tour soutenu que le faire serait synonyme pour eux de faillite et donc de fermeture de leurs magasins. En clair, ils ne sont pas prêts à obéir à la volonté du Chef de l'Etat.
Qui est à la base
de la flambée des prix?
Le Chef de l'Etat a soutenu devant les consommateurs que la flambée des prix n'était pas de son fait. Pas plus qu'il ne faut l'imputer à son Premier ministre Guillaume Soro. Mais plutôt aux pays comme la Thaïlande et la Chine qui, selon lui, n'ont pas produit assez de riz cette année. Un argument très fallacieux dans la mesure où un Chef de l'Etat doit avoir une politique de prévision. Ne dit-on pas que gouverner, c'est prévoir? Par ailleurs, ce n'est pas logique de porter un doigt accusateur sur les pays producteurs de riz pour tenter de justifier les augmentations. Elles ont leurs racines chez nous aussi. Car un des facteurs de la flambée des prix, c'est bel et bien le racket. Quand un commerçant doit quitter un pays de la sous-région avec sa marchandise et qu'il doit payer rubis sur ongles à tous les corridors jusqu'à Abidjan, c'est le plus naturellement du monde, qu'il va ajouter toute cette somme que les forces de l'ordre lui ont extorquée en cours de route sur le prix de vente de ses marchandises. Ainsi naissent les augmentations. Et ce ne sont pas de simples communiqués lus sur les écrans d'une télévision qui refuse de montrer les images des manifestations des femmes qui ont pourtant lieu à deux pas de son siège, qui y changeront quelque chose. Faut-il alors complètement désespérer du Chef de l'Etat, de son Premier ministre et du gouvernement?
Les femmes vont-elles reprendre la rue?
C'est la grande interrogation sur toutes les lèvres. Pour la simple raison que beaucoup de personnes se sont rendues compte que Gbagbo s'est débarrassé de son peuple. Il est bien conscient que la diminution des prix ne se proclame pas. On ne s'asseoit pas devant des gens à la télévision pour imposer à des commerçants de réduire les prix de leurs marchandises. Sinon les prix auraient chuté d'eux-mêmes après ses déclarations. On assiste plutôt à un maintien des prix en dépit de la sortie du Chef de l'Etat. D'aucuns soutiennent même que les prix ont encore grimpé dès qu'il a parlé. Face à ce qui ressemble bien à un bon débarras de la part de Gbagbo, les femmes et les jeunes qui se sont rendus compte qu'ils se sont fait avoir vont-ils descendre à nouveau dans la rue?
YMA


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