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samedi 1 mars 2008 par Nuit & Jour

Le rythme actuel du processus de sortie de crise suscite l`anxiété chez les Ivoiriens. Bien que l`accord de paix ait permis de créer une accalmie visible à travers les hostilités verbales, politiques et militaires, il reste que sa mise en ?uvre de façon entière, tarde à être effective. Alors, le commun des citoyens s`interroge.

Dans un battage médiatique à nul autre pareil, l`accord politique de Ouagadougou a été paraphé le 04 mars 2007 entre les protagonistes de la guerre, Laurent Gbagbo chef de l`Etat et Guillaume Soro Kigbafori, Secrétaire général des Forces Nouvelles. Ils ont scellé cette idylle sous le regard approbateur du président Burkinabé Blaise Compaoré qui a fait office de médiateur. Depuis le jour de la signature de l`accord donc, les choses sont allées comme sur des roulettes. De nombreux volets de l`accord ont connu un début effectif de réalisation. Mais les deux derniers mois, disons depuis le début du mois de janvier 2008, les acteurs concernés au premier chef donnent l`impression de faire du racolage. Pis, de ``perdre le temps`` dans des activités de ``tape-à-l`?il``. Notamment pour faire croire que le travail se fait sans discontinuer sur l`accord.

De l`identification générale des populations

Après le démarrage de l`affectation et de l`installation des magistrats le 05 juin 2007, le démarrage du redéploiement des préfets et des sous-préfets le 18 juin 2007, aucun bilan n`est encore fait à la face de la nation ivoirienne. Celui-ci devait permettre à chacun d`évaluer le niveau de la présence effective des autorités judiciaires et des représentants de l`Etat dans toutes les localités du pays. Ce point que tout le monde souhaite exhaustif est attendu. Seulement, s`il arrivait que les acteurs de la mise en ?uvre de l`accord de paix n`ont pas encore achevé ce volet du processus, chaque ivoirien s`interrogerait davantage sur les raisons du retard à ce niveau. L`on dit que les audiences foraines tirent à leur fin avec plus de 1000 jugements supplétifs délivrés en fin décembre dernier. Là aussi, les populations ivoiriennes veulent en savoir davantage pour être rassurées. L`opérateur technique en charge de l`identification générale des populations SAGEM, a reçu son cahier de charges il y a seulement une semaine. Notamment après avoir été désigné par l`accord complémentaire II signé à Korhogo le 28 novembre 2007. Au total, au niveau de l`identification générale des populations, si une lueur d`espoir demeure parce que l`opérateur technique peut désormais être actif sur le terrain, le doute reste parce que l`on se dit que le redéploiement des magistrats et des gouverneurs piétine ( ?). Dans tous les cas, personne n`en connaît le bilan.

Du processus électoral

En ce qui concerne le processus électoral, les ivoiriens attendent toujours que le président de la Commission Electorale Indépendante, Beugré Mambé, fixe avec précision la date de la tenue de l`élection présidentielle. A la suite de laquelle toutes les autres consultations se tiendront. L`on sait bien que la CEI a vu le jour avant même la signature de l`Accord de Ouagadougou. L`on sait aussi qu`elle a installé 24 commissions électorales régionales sur toute l`étendue du territoire dans les mois de mai et juin 2007. Qu`elle a organisé une formation aux différentes phases du processus à l`endroit des membres des 24 commissions régionales dans ces mêmes mois de mai et juin derniers. L`on sait aussi qu`enfin l`Institut National de la Statistique (INS) lui a transmis le 27 juillet 2007 la liste électorale de 2000. Avec tout ce temps, et toutes ces activités, l`on reste quelque peu pantois, lorsque la CEI donne encore la nette impression de balbutier quant à la définition claire et précise de la date de la présidentielle prochaine. Les signataires de l`accord peuvent peut-être en donner les raisons.

Des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d`Ivoire

L`Accord de Ouagadougou a recommandé dans son article 3.1 la restructuration et la refondation des deux armées des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et des Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN). Dans ce cadre en mars 2007, il a été créé le Centre de Commandement Intégré (CCI). Une nouvelle armée composée d`éléments des FDS et des FAFN. Depuis donc la création du CCI, l`effectivité de ses activités sur le terrain tarde à venir. Il est vrai que des brigades de cette nouvelle armée ont été installées dans quelques localités de la zone de confiance. Mais ses missions de patrouille en vue de la sécurisation des biens et des personnes sur l`ensemble du pays ne sont pas encore mises en ?uvre. Le recensement et le démantèlement des points de contrôle en zone Centre, Nord et Ouest (CNO) et en zone gouvernementale ne sont pas du tout abordés. Le désarmement des milices a démarré en fanfare le 19 mai 2007 à Guiglo pour s`estomper aussitôt. Au point où à ce jour, les milices de l`Ouest et d`Abidjan continuent de narguer les citoyens avec leurs armes portées parfois en bandoulière. Même le regroupement des forces qui a démarré le 22 décembre 2007 à Tiébissou et à Djébonoua avec 300 ex-combattants regroupés a connu un coup de frein. En plus, après l`adoption en Conseil des ministres le 20 décembre 2007 d`un décret portant création du Service Civique National (PSCN), l`on attend aussi encore que ce projet connaisse un début de réalisation. L`on dit qu`un appel à candidature a été fait en décembre pour recruter du personnel habilité à gérer le PSCN. A savoir un coordonnateur national, un coordonnateur adjoint et des chefs de cellules. Mais toujours est-il que le Service Civique National est au stade de projet et tarde à sortir du cadre des esprits pour être une réalité. En gros, au titre de la réunification des armées, du désarmement des milices, du démantèlement des ex-combattants et de la réinsertion de ceux-ci dans le Service Civique National, tout est en début et rien n`est achevé. Pis, certains volets affichent des images de problèmes insolubles. Est-ce vrai, est-ce faux ? MM. Soro et Gbagbo peuvent en dire plus. Au-delà de cette affiche, se trouvent l`évaluation des édifices publics à réhabiliter pour accueillir les fonctionnaires, le retour total et réel des élus : maires et présidents des Conseils généraux, l`unicité des caisses de l`Etat dans les zones CNO, l`indemnisation des victimes de guerre, le retour des populations déplacéestous ces points sont encore à rendre effectifs pour se rassurer d`une réunification véritable du territoire national ivoirien. C`est donc pour toutes ces raisons que l`on interpelle le président de la République Laurent Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro Kigbafori, pour leur rappeler qu`ils restent les seuls et véritables responsables de la réalisation de tous les points inscrits dans l`Accord de paix de Ouagadougou. Et qu`en plus et par conséquent, ils tiennent la destinée de toutes les populations ivoiriennes entre leurs mains. Pour dire en définitive qu`ils n`ont nullement droit à l`erreur, encore moins à l`échec dans la mission qu`ils se sont assignée. Alors, toute la Côte d`Ivoire et le monde entier les observent.

(par Adolphe Kouilahan)


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