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mercredi 13 février 2008 par Le Patriote

Le Patriote : L'Afrique tout entière a dansé et fredonné vos mélodies, subitement, vous disparaissez de la scène musicale. Où étiez-vous et pourquoi ce si long silence ?

Daouda Koné: Au milieu des années 90, j'ai fait sortir ma dernière ?uvre musicale. Puisqu'à l'époque les choses tournaient lentement, à mon goût, j'ai eu la possibilité de voyager. En 1995, je suis allé aux Etats-Unis, pendant que j'y étais, j'ai un peu délaissé l'activité musicale, parce que-là bas, les conditions n'étaient pas propices à cela. J'avais un boulot normal, une vie de famille normale. C'est ce que j'ai fais pendant une dizaine d'années, jusqu'à mon récent retour au pays. Voilà un peu les raisons de cette absence. L.P : Les Ivoiriens de tous âges se délectent de vos chansons, quelles sont vos sources d'inspiration pour que votre musique transcende tant les époques ?
D.K : Tout ce qui m'entoure m'inspire. Ce que j'entends, je vois, en somme, ce que je vis qui m'intéresse plus que d'autres. Cela peut venir de n'importe quel endroit ou de quelque événement que ce soit. Je suis très observateur de la société dans laquelle je vis et des gens qui m'entourent. Ce ne sont pas des événements liés à ma propre vie.
LP : Vous chantez beaucoup plus les femmes que d'autres sujets de la société. Est- ce à dire qu'à part la femme, rien d'autre ne vous intéresse ?
D.K : Je ne veux pas qu'on m'impose des sujets, il y a d'autres artistes qui traitent ça mieux que moi. Chacun a les thèmes qui l'inspirent. Lorsque vous n'êtes pas sûr de rendre un sujet que vous ne maîtrisez pas, mieux vaux ne pas l'aborder. On me dit que je chante trop l'amour, C'est normal ! Moi je suis "un Sentimental". Je peux bien chanter d'autres sujets de la vie, mais, pour rester dans la gaieté, je préfère prendre la vie du bon côté. C'est comme chez les peintres, il y a plusieurs courants : les Réalistes, les SurréalistesAu niveau de la musique, chacun a ses sources d'inspiration. Cil y a des thèmes que certains abordent mieux que moi, mais, moi je préfère aborder les thèmes qui m'inspirent plus. Ce n'est pas toujours que je chante les chansons d'amour. Les gens se trompent, ma toute première chanson s'intitule "les Gbakas d'Abidjan", la seconde, "le Villageois", "le Margouillat", ce ne sont pas des chansons d'amour. C'est à ma troisième production que j'ai chanté "Bouquet de fleurs" et "Mon c?ur balance" et "la Femme de mon patron", qui parlent d'amour. Je suis catalogué dans le registre des chanteurs d'amour, mais je parle de tout dans mes chansons. L.P : La musique ivoirienne a évolué, aujourd'hui, nous sommes à l'ère des musiques urbaines telles que le Zouglou, le Couper- Décaler et leurs dérivés. Quelle est votre appréciation de ces genres musicaux ?
D.K : Je trouve normale la création de ces musiques, parce que chaque époque, chaque génération a son genre musical. Quand nous étions jeunes, nous il y avait des musiques que les anciens traitaient de "musique de fous". Je ne trouve aucun inconvénient à la prospérité de ces musiques. C'est très bien, cela permet aux jeunes de s'exprimer par rapport à leur façon de voir les choses. Mais, ce sont des musiques qui passent avec le temps et ce fait ne date pas d'aujourd'hui. L.P : Aura-t-on des airs de Zouglou, de Couper- Décaler sur un album de Daouda un jour ou vous préférez garder le tempo ?
D.K : Beh ! Je ne suis pas jeune ! Ce n'est pas de ma génération. Moi, je fais la musique de ma génération, de ma sensibilité. Mais, je pense que la musique ne doit pas être uniforme, il faut qu'il y ait plusieurs genres, ainsi, les gens ne s'ennuient. L.P : A l'occasion de la Saint Valentin, la fête de l'Amour, vous serez en spectacle, après plus de dix ans d'absence. A quoi auront droit les mélomanes qui viendront ?
D.K : Tous ceux qui connaissent mon répertoire, qui savent que je suis un sentimental, se délecteront de mes chansons. Pour la circonstance, c'est-à-dire à l'occasion de la Fête des amoureux, j'ai dans mon sac, beaucoup de chansons qui correspondent à la situation amoureuse de chacun. L'ambiance sera très romantique, très sentimentale et très intime, il y aura des chansons qu'ils connaissent et des inédites qu'ils n'ont pas encore eu l'occasion d'écouter. Parce que la saint valentin est un jour spécial pour les sentiments. L.P : Les mélomanes connaissent Daouda "le sentimental" en tant qu'artiste. Mais, côté jardin, qui est-ce ?
D.K : Je suis marié, père de six enfants.I.P : La piraterie gangrène votre secteur d'activité, quelle est votre opinion là- dessus et quelle solution pour la juguler en Côte d'Ivoire ?
D.K : Il ne revient pas aux artistes de mener la lutte contre la piraterie. C'est un phénomène qui va contre la loi, donc, ce n'est pas aux artistes de faire respecter la loi. On se plaint du phénomène, mais il faut que ceux qui sont chargés de faire appliquer la loi prennent les choses en main. Ce n'est pas non plus l'artiste qui doit dire comment on doit lutter contre la piraterie. D'ailleurs, ce n'est pas dans le domaine musical seulement que le fléau fait des ravages.
L.P : La Côte d'Ivoire sort d'une crise qui a affecté tous les secteurs d'activités, tels que le domaine de la musique. Comment l'avez- vous vécue et que diriez- vous pour une réconciliation sincère ?
D.K : Je suis heureux d'être revenu au pays au moment où les choses commencent à aller beaucoup mieux. Il y a eu des accords politiques signés. Les armes se sont tues, la paix est revenue, c'est un soulagement pour tous les Ivoiriens. Mais, au plus for de la crise, j'avais ma famille ici, donc j'ai été touché directement par cette situation, même si je ne la vivais pas directement. C'était dommage, mais, heureusement l'on est revenu à de meilleurs sentiments. Ma contribution à la paix, j'ai concocté une chanson qui sera sur mon prochain album.
L.P : Est- ce un retour définitif, sur la scène, après plus de dix ans d'absence ?
D.K : Lorsque je suis rentré au pays, j'ai été heureux de constater que les mélomanes continuaient à écouter, à apprécier des chansons que j'ai sorties il y a plus d'une trentaine d'années. Même les jeunes de quinze à dix sept ans apprécient mes chansons, autant que les personnes de ma génération, cela me fait chaud au c?ur et m'a poussé à reprendre ma guitare et entrer en studio. D'ici peu de temps, je sortirai de nouveaux albums, avec des reprises et des chansons inédites.

Jean-Antoine Doudou


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