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mercredi 16 novembre 2016 par La Synthèse

Sa Majesté Goné Bi Zah Martin est chef du village de la Sous-Préfeture de Gonaté depuis 2001. Président des chefs des Sous-Préfectures de Bédiala et de Gonaté, qui comprennent 25 villages, il est membre de l'Assemblée des Rois et Chefs traditionnels de Côte d'Ivoire. Il s'est confié à la synthèse après le vote puis la promulgation de la nouvelle constitution.

LA SYNTHESE : Comment se passe la chefferie traditionnelle dans votre région?
Sa Majesté Goné Bi Zah: Ici il y a des modifications internes. Par exemple mon père, Séhi Bi Goné, a été chef trois fois, il avait été choisi. Par contre moi j'ai été élu en toute transparence. Notre région n'est pas encrée dans la tradition de Rois et Chefs parce qu'il suit le modernisme et cela constitue un handicap, comparé à la tradition Akan.

Quels sont les problèmes que vous rencontrés généralement dans l'exercice de vos fonctions de Chef ?
SM. G. B. Z: Nos problèmes sont ceux que tous les chefs connaissent en général. C'est notamment la pauvreté qui gagne du terrain. Parce que nos vergers sont vieillissants, on n'a plus de place parce que toutes nos forêts qui ont été déclassées à côté de nous sont toutes occupées, de sorte que quand nos enfants retournent à la terre, ils n'ont plus de parcelles, et cela engendre la pauvreté.

Quel est le rôle du chef concrètement ?
SM. G. B. Z.: Le rôle du chef est de rassembler la population, faire en sorte qu'elle vive en paix, et régler tous les conflits à la base. Comme nous sommes la dernière plateforme de l'Etat, nous sommes obligés de faire tout à la fois, nous jouons tous les rôles de sorte que nous essayons de traiter les problèmes que nous connaissons bien.

Il nous revient qu'il y a des dissensions entre les chefs de votre région. Qu'en est-il?
SM. G. B. Z.: Non il n'existe pas de problèmes entre nous car nous avons pratiquement les mêmes coutumes. On ne se tire pas dessus ici dans le Haut Sassandra. Nous avons par exemple les départements d'Issia, de Vavoua, de Daloa nous travaillons ensemble autour d'un seul chef, le Chef Hobou Kalé André qui est membre du Directoire de la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels de Côte d'Ivoire, dont le siège est basé à Yamoussoukro.

Comment faites-vous pour vous entendre malgré ses différentes ethnies (Bété, Gouro, Kouya, Gnamboua) qui composent la région du Haut Sassandra ?
SM. G. B. Z. : Depuis longtemps, ce brassage ethnique existait déjà et ça n'a rien gêné. Moi, ma mère est Bété et mon père est Gouro, donc je n'ai aucun intérêt à être en conflit avec un Bété. Il y a des mariages qui se font entre ces ethnies, nous vivons ensemble. C'est le découpage administratif qui nous a séparés sinon nos différentes coutumes ne sont qu'une continuité.

La nouvelle constitution proposée par le Président Ouattara a été votée, que vous inspire-t-elle?
SM. G. B. Z.: Cette constitution est la bienvenue. Depuis longtemps, nous prônons la rémunération des Rois et Chefs. Faut-il ajouter ces Rois et Chefs aux fonctionnaires de l'Etat de Côte d'Ivoire ? Nous disons oui au regard du rôle important qui est le leur dans la consolidation et le renforcement du tissu social. Nous espérons que cela soit appliqué pour que nous soyons satisfaits. Nous souhaitons que notre nouvelle situation constitutionnelle prenne effet réellement, il faut que notre institution soit effective. C'est pour cela que nous avons dit à nos parents, pendant le référendum dernier, que nous sommes les premiers bénéficiaires de cette nouvelle loi.

Vous êtes membre de l'Assemblée des Rois et chefs traditionnels de Côte d'Ivoire. Qu'est-ce qui se passe là-bas ?
SM. G. B. Z.: Nous n'avons pas encore commencé à travailler. Nous avons un siège avec tout le confort qu'il faut, nous sommes là bas à chaque fois, la dernière fois pour le referendum, nous avons été conviés à un repas avec le Président de la République. Mais nous sommes heureux d'avoir un siège et de travailler pour le pays. Cela nous fait plaisir, c'est une continuité. C'est comme si j'étais encore en service pour mon pays. Parce que moi j'ai anticipé ma retraite de 3 ans mais depuis que je suis chef, je me sens mieux, et cela nous occupe.

Dans un pays comme la Côte d'Ivoire qui a un tissu social fragilisé, quel message essentiel vous donnez à la population ?
SM. G. B. Z.: Ce que nous demandons c'est la paix, l'amour, l'entente, le partage quand on le peut. Sans la paix, il n'y a pas de progrès.

Il semble qu'il y a une influence politique sur les Rois et chefs ?
SM. G. B. Z. : Effectivement, nous sommes tiraillés. Tous les politiciens courent après nous, ils nous disent qu'un chef ne doit pas faire la politique, en même temps ils nous obligent à les suivre. Donc nous nous méfions des politiques pour ne pas tomber dans leur piège. Mais si un fils ou une fille du village vient me solliciter pour assister à l'une de ses activités, je peux m'y rendre pour lui faire plaisir mais pas pour des raisons politiques.

Réalisé à Gonaté par A.S.

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