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lundi 18 avril 2016 par L'intelligent d'Abidjan

Que pèse une loi d'amnistie votée par un parlement "illégitime" sous un président "illégitime", un sous-préfet ? Ne faut-il pas que chacun mette à jour son logiciel pour réussir la réconciliation ?
Dans 8 mois environ de nouveaux députés seront élus en Côte d'Ivoire. Alors qu'il était au pouvoir, Laurent Gbagbo a dit que la paix et la cohésion sociales dépendent davantage de l'opposition. Il a donné son propre exemple d'opposant pacifique, contrairement à ses opposants qui ont choisi la violence. Il a montré que lorsqu'il était opposant, il n'y a pas eu de guerre dans le pays, et déploré la guerre à partir de 2002, alors qu'il était désormais au pouvoir. Au passage, Laurent Gbagbo a oublié le boycott actif et les tensions sociales actionnées par lui et par l'opposition de 1990 au coup d'Etat de 1999. ‎
La paix et la cohésion sociales dans un pays, ce n'est pas seulement l'absence de guerre comme actuellement en Côte d'Ivoire, mais aussi les tensions politiques que peuvent créer les marches, les manifestations et d'autres formes "démocratiques" de protestation, qui peuvent perturber l'activité économique et ralentir les investissements.
Nous ne constatons pas de combats armés dans le pays, mais l'absence d'un sentiment de paix et de cohésion sociales pour tous, n'est pas contestable. Il n'y a pas de guerre, mais il n'y a pas encore la paix.

Si la paix dépend essentiellement du sens de la responsabilité de l'opposition selon Laurent Gbagbo et non du pouvoir seulement, surtout face aux abus et aux provocations de ce pouvoir, face aux abus et provocations qui tentent tout pouvoir, que fait alors le Fpi-opposition comme concession, comme agir pour aider à parvenir à une paix sans condition ni préalable?
Si on estime que le Fpi est totalement positif, qu'il est uniquement parfait, qu'il est la seule victime face aux bourreaux, que le camp Ouattara est le seul bourreau, alors on n'aura pas de paix, même au lendemain de la libération de tous, du retour des exilés, et d'une loi d'amnistie. Puisque s'ils perdent le pouvoir, ou si les données changent, les pro-Ouattara seront aussi tentés d'emmerder les nouvelles autorités. ‎
Puisque le discours au Fpi ne doit pas changer et ne va jamais changer, pourquoi voulons-nous que ceux qui sont aux affaires votent une loi d'amnistie pour qu'ils entendent dire que s'ils l'ont fait, c'est parce qu'ils savent enfin qu'ils sont minoritaires, c'est parce qu'ils ont peur pour eux-mêmes, c'est parce qu'ils veulent effacer leurs propres crimes, c'est parce qu'ils savent que le vrai vainqueur de l'élection c'était Laurent Gbagbo, et qu'ils n'ont fait que gagner la guerre !

On pensait que le déni permanent et absolu de la réalité de la victoire électorale du Rhdp et le refus de tout compromis avec Ouattara étaient plus une posture de combat, qu'une certitude indiscutable.
Mais, l'on voit définitivement qu'il ne s'agit point d'une simple stratégie, mais d'une posture de vie et d'existence. Dans ce cas, il est clair que rien ne changera après une amnistie, malgré une amnistie : car le Fpi n'est pas encore prêt au nom de la paix, à admettre qu'il s'est trompé, qu'il a effectivement eu tort, que Ouattara a effectivement gagné.
Le temps de l'autocritique ne viendra jamais. Laurent Gbagbo libéré, le Fpi ne renoncera à rien auquel il n'a déjà renoncé. Laurent Gbagbo libéré, lui-même n'acceptera rien qu'il n'a pas déjà pu accepter. Aucune concession ne sera jamais faite, au nom de la lutte et de l'honneur, de la dignité qui valent plus que la paix, ou qui doivent être maintenus malgré la recherche de la paix. ‎Un pareil schéma de non renoncement aux postures de crise, aux postures de la crise, aux postures dans la crise, n'est pas une perspective de paix, ni de réconciliation.
Croire qu'on sera réconcilié, que tout sera pardonné, que la paix et la cohésion seront-là parce que tous les exilés seront rentrés, parce que tous les détenus liés à la politique auront été libérés, parce que Laurent Gbagbo aura été libéré, n'est pas tout à fait juste.
Ils seront libres, ils seront rentrés d'exil mais ils ne renonceront à rien. Ils exigeront que les autres aillent en prison et répondent de leurs crimes, ils exigeront qu'on reconnaisse que Ouattara est un imposteur qui n'a jamais été élu. Parce qu'en prison et en exil ils n'ont rien concédé, ils ne concéderont rien une fois qu'ils seront revenus d'exil ou redevenus des hommes libres.
Tout le monde sait cela. Et surtout le pouvoir actuel qui sait que le Fpi ne rêve que de sa revanche, que de ?'son match retour'', au point qu'il sanctionne Affi dont le seul crime, est d'avoir préconisé le dialogue permanent et sincère avec Ouattara. Quand pour cela, le candidat à l'élection présidentielle est considéré comme un traître, quand c'est le Fpi qui pose des préalables et des conditions pour une normalisation du jeu politique, qui ne fera que favoriser le retour des exilés et la libération des exilés, espérer ce que Alpha Blondy demande dans sa vidéo à Ouattara, c'est prendre des raccourcis, c'est surtout prendre Ouattara pour ce qu'il n'est pas : un surhomme , d'autant plus que la star du reggae reconnaît qu'il demande l'impossible !
Comment prendre pour un surhomme, un simple humain que le camp Gbagbo considère plutôt comme le mal incarné, le diable ?
Alpha Blondy a tort de penser que la paix et la réconciliation dépendent davantage d'Alassane Ouattara et d'une loi d'amnistie, que de la posture de l'opposition et de Laurent Gbagbo.

Alice Ouédraogo, pour Afrikipresse.fr


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