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mardi 16 fevrier 2016 par IvoireJustice

La journée du lundi 15 février aura suffi pour l'interrogatoire d'un témoin du bombardement du marché d'Abobo. Cette audience marque la fin de la première partie du procès Gbagbo/Blé Goudé, qui fait une pause et reprend le 3 mars.

Par Antoine Panaïté

Aujourd'hui, je vais vous demander de raconter à la Cour le jour où votre enfant est mort . Par ces mots, Melissa Pack, membre du bureau de la procureure, entame son interrogatoire du témoin P-536.

Le témoin, une femme, a perdu son fils le 17 mars 2011 à Abobo après un de ces boum que le témoin dit avoir entendu à plusieurs reprises. Ce jour-là, elle était allée chercher son fils chez son père au quartier Avocatier à Abobo. Une fois son fils récupéré, elle commence son trajet retour à pied avec un groupe de gens marchant aussi en direction de son quartier. Soudain, alors qu'ils sont près du grand marché, il y a eu un bruit, un ?boum', et alors on a été blessés , raconte-elle à la Cour.

J'étais blessée, il y avait beaucoup de sang sortant de mon ventre et j'étais aussi blessées aux côtes () puis j'ai ouvert mes yeux () Il y avait cinq d'entre nous encore en vie et dix morts , poursuit la jeune femme qui avait 20 ans à l'époque des faits. Elle précise qu'on lui a dit par la suite que ce boum était en fait un obus.

Elle a brièvement perdu connaissance avant de se réveiller et d'appeler son fils. Elle raconte l'avoir vu avec le nez coupé et sa main () blessée . Une fois près de lui, l'enfant ne dira qu'un simple maman avant de succomber à ses blessures. La mère, blessée et saignant abondamment, s'évanouie.

P-536 n'a pas encore enterré son fils

La substitute de la procureure montre des photos à la Cour. Elle demande : Vous rappelez-vous avoir montré une photo de votre fils aux enquêteurs (de la CPI) ? () Une photo de votre fils mort ? . Oui , acquiesce sobrement le témoin. Les photos ont été prises sur le lieu de l'incident.

La femme explique ensuite qu'elle entendra des boum aussi à l'hôpital du grand marché. Elle raconte qu'elle était blessée partout et qu'on lui a fait des rayons X. Il y avait des balles dans mon ventre. Quatre (4) , précise-t-elle. Ce sont ensuite des femmes blanches de la Croix Rouge qui se sont occupées d'elle et l'ont emmenée au bloc opératoire. Sa nièce lui a dit qu'elle s'est réveillée une semaine après.

Avez-vous toujours des douleurs physiques ? demande l'adjointe de la procureure. Mon ventre et mon pied , répond-t-elle. Elle précise que depuis elle a essayé de travailler de nouveau mais elle tombait malade à chaque fois à cause des douleurs qui l'empêchaient de marcher.

Melissa Pack n'a plus de questions à poser. La représentante des victimes prend alors la parole, pendant cinq minutes pour poser deux questions simples : Avez-vous pu récupérer le corps de votre enfant ? et Avez-vous pu l'enterrer ? La réponse du témoin est simple : Non .

Tarfusser veille au grain

Au tour de Peter O'Shea, membre de la défense de Gbagbo : Bonjour madame le témoin () Je représente le président Laurent Gbagbo . Le juge Tarfusser l'interrompt net : Vous n'étiez pas là vendredi () pour que tout soit bien équitable, c'est soit monsieur Gbagbo, soit monsieur Laurent Gbagbo . Le mot interdit a été prononcé. Voilà un rappel que la décision du pas de ?président Gbagbo' lors du procès est bel et bien en application.

Les enseignements apportés par le contre-interrogatoire de la défense de Gbagbo ne sont pas très nombreux mais certains points éclaircissent le récit de la femme (et la stratégie de la défense).

On apprend entre autres qu'elle est chrétienne, qu'elle savait qu'il y avait des tirs dans Abobo, mais n'en a pas été témoin. Elle n'avait également pas entendu parler du commando invisible. ... suite de l'article sur Autre presse


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