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lundi 3 aout 2015 par L'intelligent d'Abidjan

L'éligibilité d'un candidat à la présidentielle n'est pas un match de football où tout le monde est à la fois et en même temps, joueur et entraîneur. Depuis toujours en Côte d'Ivoire, chacun fait valoir ses arguments sur cette question éminemment sérieuse et évoquée dans l'article 35 de la constitution.

Les arguments généralement développés sont plus politiciens, partiaux, partiels que des arguments d'experts dits et explicités avec sérieux et rigueur.

Par exemple qu'attendre de Monsieur Laurent Akoun dans sa lecture de l'éligibilité du Président Ouattara si ce n'est une disqualification du tombeur de Laurent Gbagbo ? Doit-on prendre en compte une telle disqualification et celle de bien d'autres, alors que leurs avis ne sont pas ceux de spécialistes, encore moins de personnes habilitées à trancher la question ?

Si on devait prendre acte, ou non de l'éligibilité d'un candidat sur la base des déclarations à des meetings, et d'interviews dans les médias, il n'y aurait eu aucun intérêt à mettre en place un conseil constitutionnel.
Le débat public est certes de bonne guerre et contribue à la liberté d'expression , mais il est forcément biaisé , lorsque tout le monde s'érige en spécialiste de droit et en juge constitutionnel , sans avoir ni la rigueur démonstrative, ni l'autorité des personnes investies à connaître du dossier de par la loi. Seuls Koné Mamadou et le conseil constitutionnel peuvent trancher le débat .

Le fait que la question de l'éligibilité soit débattue par tous les néophytes de droits, qui se font passer pour des Tia Koné, des Yapo Yanon, des Yao Ndre , des Koné Mamadou est une bonne chose, mais cela devient inacceptable si au delà de simples discussions , ce sont les avis des adversaires politiques et des règlements de comptes qui doivent primer.

Nous insistons pour dire qu'il ne s'agit pas d'un match de football, où tous les spectateurs se croient plus forts que Drogba, que Messi, que Zlatan ; où tout le monde se croit plus intelligent, plus avisé et plus futé que Mourhino, Renard et autres !

C'est-à-dire plus fort, et plus avisé que Koné Mamadou et ses pairs qui pourraient être traités de tous les noms par tous les néophytes et pseudo juristes qui ne sont pas contents de leurs décisions, comme le ferait un néophyte de Didier Drogba, ou Zlatan, ou Messi pour avoir raté un but tout fait, ou un penalty !
Dire que le citoyen Alassane Ouattara est inéligible, ou éligible est une prérogative qui relève du Conseil constitutionnel qui rend son avis sur pièces, sur la base des éléments mis à sa disposition, et sur la base des preuves que pourrait apporter tout contestataire. Cela est si évident que le rappeler paraît superflu, même dans un contexte où tout le monde joue au juge constitutionnel.

Vu sous cet angle, il est même possible dire que le président Mamadou Koulibaly qui estime que le débat sur l'article 35 est un faux débat et que Ouattara doit être considéré comme éligible, est tout aussi moins fondé à le dire que Laurent Akoun, que Ahipeaud Martial qui prétendent le contraire. Même le chef de l'État qui avait affirmé être éligible, aurait pu s'en remettre au conseil constitutionnel. ‎

Quand on pose la question aussi bien à un citoyen qu'à un acteur politique, ils devraient désormais s'en remettre au conseil constitutionnel. Tous ces débats qu'on voit se faire pour ou contre, constituent de mon point de vue, non de simples interpellations ou avis, mais des entraves manifestes à la manifestation de la vérité, et une tentative de pression morale sur le conseil constitutionnel.

D'une part, les uns veulent forcer les juges constitutionnels à dire que tel candidat est éligible, alors que celui-ci ne le serait pas ; d'autre part, les autres veulent pousser le conseil constitutionnel à déclarer non éligible, un citoyen qui remplirait pourtant toutes les conditions d'éligibilité .

À ce jour, en dehors des intentions de candidatures, personne ne sait qui sera candidat, car c'est au conseil constitutionnel de décider. Pourquoi donc tout ce tapage, visant à prétendre avec une certitude déconcertante qu'un citoyen ivoirien, qu'un président en exercice ne serait pas apte à être à nouveau candidat?

Ni Ouattara, ni Banny,ni Essy, ni Koulibaly, ni Affi....ne peut prétendre savoir s'il sera déclaré éligible . Ne faut-il alors pas arrêter cette tentative de pression, et cette manière qui ne dit pas son nom, d'empêcher les juges constitutionnels de faire leur travail?

Dans le même élan de réflexion , il y'a lieu de saluer la décision annoncée par le chef de l'Etat de recevoir l'opposition en vue de discuter, rassurer et créer les conditions d'un scrutin apaisé et confiant.
L'opposition demande la même chose. La Côte d'Ivoire n'est certes plus en crise, ni en transition, et n'a certes pas besoin d'une transition ; toutefois les habitudes de dialogue régulier entre les acteurs et leaders politiques, les échanges permanents à Accra, Pretoria, Ouaga entre Bédié, Gbagbo, Ouattara et Soro manquent aux Ivoiriens , qui y étaient habitués. Les Ivoiriens ont envie de voir leurs acteurs politiques, se parler. Au nom de l'esprit d'Houphouët

Il est peut-être vrai que le fait de se parler ça et là en 2010 , n'a pas empêché la crise. Néanmoins il est tout aussi vrai de noter que pendant la crise même , ces acteurs-là, ne se parlaient plus, et que si tel avait été le cas, les données auraient peut être pu changer.

On a envie de voir des dialogues directs Ouattara-Affi, Ouattara-Essy, Ouattara-KKB, Ouattara-Koulibaly, Ouattara-Banny et autres se parler en tant qu'acteurs politiques, en tant que candidats, mais surtout en tant que frères ivoiriens et enfants de la Côte d'Ivoire.

Cela aidera à renforcer la confiance dans les institutions et à comprendre par exemple qu'il est important de n'exclure aucun groupe politique , aucun acteur social du mécanisme de contrôle et de supervision des élections aux côtés de la Cei.

Un mécanisme dans lequel pourraient figurer les candidats à la présidentielle , ou leurs représentants, non représentés à la Cei, parce qu'ils n'étaient pas encore candidats, lorsque la commission électorale était mise en place . La paix n'a pas de prix!

Opposé à une transition, nous militons néanmoins fortement pour des élections propres. Nous savons de toutes les façons que la vigilance acquise par le peuple de Côte d'Ivoire aussi bien en 2000 qu'en 2010 ne peut autoriser le vol des suffrages qui seront exprimés à l'élection prochaine.
À quelques 83 jours des élections, sous le calme apparent qui règne, il y a une réelle et vraie tension qui couve du côté de l'opposition, qui reproche aux autorités de refuser de donner les gages de leur bonne foi dans le cadre d'un dialogue sans tabou , ni pression.

Il est encore possible de rectifier le tir, de créer les conditions pour éviter d'entrer dans un processus électoral, dont les résultats seront contestés.

‎À défaut de réussir un report, à défaut d'obtenir une transition, ou même à défaut de boycotter de façon active et violente le processus de l'élection présidentielle , une partie de l'opposition ivoirienne pourra toujours dire, après un scrutin le 25 Octobre prochain marqué par une victoire du président Ouattara , que le scrutin n'a pas été sincère.

Cette partie de l'opposition tentera alors de mettre en cause à nouveau la légitimité du président réélu Alassane Ouattara. De quoi rendre difficile un second mandat, et créer toujours des conditions de tensions, de crispation marquées par des manifestations durant les 5 ans du nouveau mandat.
Un mandat que tout le monde souhaite pourtant plus tranquille et plus apaisé que le premier , pour le président Alassane Ouattara.

Cette tension à venir pourrait changer la nature de la bataille pour l'alternance 2020, et retarder surtout l'atteinte de l'émergence par notre pays.

Par ailleurs, après la présidentielle à venir , il y'a aussi les autres élections. Un nouveau boycott des élections locales peut agrandir le fossé entre les acteurs politiques et les populations. La démocratie, l'économie et la stabilité durable pourraient avoir du mal à s'en remettre.

En 83 jours, il est encore possible de régler les choses , en précipitant par exemple l'agenda du dialogue politique direct entre les chefs de l'État et les acteurs de l'opposition. Annoncé par le chef de l'État lui-même, et souhaité régulièrement par l'opposition, ce dialogue direct est attendu pour septembre, à environ 50 jours de la présidentielle. Cette date pourra-t-elle permettre d'apaiser la tension qui couve?
Ces rencontres peuvent être individuelles ( ou en nombre restreint) et séparées, avant de prendre la forme de rencontres collectives.

Dans la foulée, des spéculateurs politiques rêvent déjà d'une rencontre au sommet entre le chef de l'État et Sangaré Aboudrahame, non pas en sa qualité de président d'une branche dissidente du parti de Laurent Gbagbo, mais en sa qualité d'ex-haut fonctionnaire, notamment d'ex-ministre d'État, et d'ancien Inspecteur d'État qui perçoit à ce titre des émoluments.
Malgré le grand désaccord politique persistant, les deux hommes ont eu indirectement des atomes crochus au sein du défunt Front républicain.

Lorsqu'on se parle, l'on n'a pas le temps de se tuer, ni de se faire la guerre. Lorsque Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara se parlaient, pendant que les acteurs politiques se parlaient entre crises et dialogues, et sommet, il n'y avait jamais eu tant de morts, depuis la disparition du président Félix Houphouët Boigny. Il a fallu que pendant environ 5 mois, de Décembre 2010 à Avril 2011, le dialogue direct soit rompu, que Bédié, Ouattara, Soro, d'une part, et Gbagbo et les siens d'autre part, cessent de se parler , pour qu'il yait jusqu'à 3000 morts.

Et depuis cette date, la parole n'avait vraiment plus jamais bien circulé entre les acteurs politiques.
Le moment est venu de changer la courbe, pour sortir la Côte d'Ivoire des débats qui stressent , notamment l'éligibilité et la transition, alors que le cap doit résolument et de façon collective , être mis sur l'émergence. A bon entendeur, salut...

Par Charles Kouassi


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