Identifie Toi     Inscris Toi

lundi 22 octobre 2007 par Notre Voie

L'achat de l'usine de chocolat de Fulton a-t-il été l'occasion pour les dirigeants du FRC de faire du blanchiment d'argent ? Le FRC a-t-il viré 100 milliards de FCFA sur des comptes aux Etats-Unis ? Enfin toute la vérité.

Trente huit-millions de dollars (38 millions), soit environ 19 milliards de FCFA, c'est le montant total que le Fonds de régulation et de contrôle café-cacao (FRC) a investi à ce jour, pour l'acquisition et la mise en état de marche de l'usine de production de chocolat sise à Fulton, dans le Comté d'Oswego dans l'Etat de New York aux Etats-Unis d'Amérique. Les documents sont aujourd'hui disponibles. Ils retracent dans le moindre détail les transferts d'argent, les banques émettrices et les banques bénéficiaires. Ils montrent également, les relations entre les différentes parties prenantes : le FRC, Lion Capital et Ousmane-Alain Gbané devenu Haussmann Banet, IC Trading.
On est donc loin, très loin des 100 milliards de FCFA que le FRC aurait détournés. On est également loin de la prétendue opération de blanchiment d'argent dont la presse nationale s'est abondamment fait l'écho ces derniers jours. En définitive, il est patent que l'opération d'acquisition de l'usine de chocolat de Fulton par le FRC s'est effectuée dans la légalité la plus totale. Mais alors pourquoi tant de bruit ?

Historique

A l'origine de l'opération d'acquisition de l'usine de Fulton se trouve M. Jean-Claude Amon, conseiller spécial du président Gbagbo. Informé que la multinationale Nestlé a décidé de vendre son usine de chocolat de Fulton, il conduit une mission aux Etats-Unis, le 31 juillet 2003, à l'effet de vérifier l'information. Il constate effectivement que l'usine est mise en vente. Ses entretiens avec les autorités locales le convainquent que ces dernières souhaitent vivement la réouverture de l'usine que Nestlé a décidé de fermer. Il signe donc une convention de prestation de service avec Lion Capital Managment (LCM), une société dirigée par Ousmane-Alain Gbané, citoyen américain d'origine ivoirienne. LCM doit effectuer une étude d'intégrité des structures du complexe mis en vente par Nestlé, pour laquelle elle percevra la rémunération de 255.000 dollars. L'étude doit déterminer, outre l'intégrité de l'usine, sa capacité de production en quantité et en qualité, ainsi que sa rentabilité technique et financière.
En Côte d'Ivoire, c'est le FRC qui est intéressé par l'acquisition de l'usine qui présente, évidemment, des avantages énormes pour les producteurs ivoiriens. En effet, cette usine donne un accès direct au marché américain dans la logique des normes règlementaires difficiles à respecter à partir d'une usine implantée hors du territoire américain. Les Etats-Unis étant le premier consommateur de chocolat au monde et premier acheteur du cacao ivoirien, l'acquisition d'une usine de production de chocolat dans ce pays apparaît comme une aubaine pour les paysans ivoiriens dont les revenus pourraient sensiblement s'améliorer. Finalement Nestlé refuse de vendre directement l'usine à la Côte d'Ivoire. Elle la vend plutôt aux enchères. Le FRC confirme son intention de l'acquérir. Cependant, compte tenu de l'urgence, elle demande à LCM de lui avancer un million de dollars. Ce qui est fait. Désormais propriétaire de l'usine, le FRC entreprend d'y réaliser des investissements pour la rendre fonctionnelle. Il le fait par le biais de LCM qui est l'intermédiaire entre lui et Nestlé. En attendant la constitution d'une société d'exploitation et l'ouverture d'un compte propre dans une banque américaine. Ainsi, dès septembre 2003, d'importants fonds sont virés dans le compte de LCM par le FRC.
Parallèlement, le nouvel acquéreur s'active à créer la société New York chocolate and confections company (NY3C) pour l'exploitation de l'usine de Fulton. Une société privée de droit américain. Ousmane Gbané est alors mandaté, à travers sa société LCM, pour l'immatriculation de la NY3C. Toutes les sommes avancées par LCM dans le cadre de cette opération, ainsi que les honoraires de LCM au titre de l'étude de rentabilité et de faisabilité, ont été facturés et entièrement payés?, soutient une source proche du FRC. Cependant, Gbané veut entrer dans le capital de la nouvelle société à hauteur de 20%. Ce que le FRC accepte à condition qu'il libère ses actions.

La naissance du conflit

Jusque-là tout se passait bien. Seulement, Ousmane Gbané a sa petite idée derrière la tête. Ayant acquis la confiance des dirigeants du FRC qui le mandatent d'agir en leur nom, il pose deux actes qui le mettent en conflit avec le FRC. Premièrement, il refuse de remettre au FRC l'ensemble des pièces justificatives des dépenses effectuées. Deuxièmement, sans libérer ses 20%, il tente de se faire passer pour l'actionnaire majoritaire à 80% de la société et 20% au FRC. La réaction du FRC est immédiate. Il porte plainte devant la Cour de l'Etat de Delaware. Au début de l'année 2004, le FRC décide de se tourner vers un autre intermédiaire, IC Trading appartenant à un citoyen américain d'origine ivoirienne du nom de Yalé Agbré. Par décision en date du 22 janvier 2007, la Cour de Delaware a confirmé la répartition initiale de parts, à savoir 80% pour le FRC et 20% pour LCM. Entre-temps, en octobre 2006, l'Etat de New York a octroyé des crédits d'impôts d'un montant de 565,479 dollars, à la société NY3C pour les importants investissements réalisés par le FRC. Le chèque est détourné par Ousmane Gbané. La plainte déposée par les avocats de la NY3C devant le tribunal supérieur du Comté de San Francisco a porté ses fruits. Puisque, par une décision rendue le 13 septembre dernier, le tribunal a condamné Ousmane Gbané à rembourser à la NY3C les sommes indûment perçues.
Comment peut-on accuser le FRC de blanchiment d'argent alors qu'il gagne régulièrement ses procès aux Etats-Unis d'Amérique, le pays où la réglementation sur le blanchiment d'argent est des plus sévères ?

Les raisons profondes

Le fond du problème est que certains milieux politico-économiques nationaux et internationaux n'ont pas intérêt à ce que la Côte d'Ivoire acquiert cette usine aux Etats-Unis. D'ailleurs, dès 2003, ils avaient fait courir des rumeurs selon lesquelles le FRC avait réalisé une fausse affaire en achetant une usine désaffectée et inutilisable. Ayant échoué sur ce terrain, ils ont pensé qu'ils pourraient faire capoter le projet en mettant en avant l'argument du détournement et du blanchiment d'argent. Le président Gbagbo qui a juré d'être juste dans toutes ses décisions n'a pas voulu se baser sur des rumeurs pour jeter en pâture les dirigeants du FRC. Il a saisi la justice qui saura, mieux que quiconque, faire la lumière. Mais, déjà, il n'est pas exagéré de dire qu'il y a eu trop de bruit pour rien.


Inscrivez vous pour postez un commentaire sur