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samedi 21 decembre 2013 par APA

Abidjan (Côte d'Ivoire) - Les filles de ménages au service des familles urbaines aisées, connaissent des fortunes diverses dans les familles employeuses où elles sont des "anges'' ou des "démons".

Les unes vilipendées, les autres adulées, les filles de ménage sont-elles des anges ou des démons ? Le ministère ivoirien de la Solidarité, de la Famille, de la Femme et de l'Enfant entend réparer une "injustice" faite à cette catégorie de travailleuses.

"Je suis issue d'une famille nombreuse. Je travaille chez cette famille depuis quatre ans pour un salaire mensuel de 25.000 FCFA. Ma journée de travail se résume aux travaux domestiques, notamment, le ménage, la vaisselle, la lessive, la cuisine. Je m'occupe, également, de l'enfant de 3 ans du couple", raconte Jacqueline Adjoua, fille de ménage dans une famille du quartier chic de Cocody, à l'Est d'Abidjan.

L'histoire de Jacqueline, 27 ans aujourd'hui, est presque identique à celle de ses "collègues". C'est une parente qui l'a emmenée dans la capitale économique ivoirienne pour s'occuper de ses enfants. "Mais au bout de trois mois, elle m'a jetée au dehors, dans une ville où je ne connais personne à part elle", poursuit-elle.

Livrée à elle-même, à 18 ans à peine, à l'époque, Jacqueline est confrontée aux dures réalités de la vie urbaine de la métropole ivoirienne. Et au détour d'une promenade, elle fait la connaissance d'un "tonton" qui lui propose un "job" de fille de ménage chez un "boss". Après deux rendez-vous, Jacqueline est engagée chez les Konan à Cocody.

"Je n'ai pas de problème avec la famille qui me traite bien. C'est vrai le salaire de 25 000 FCFA est insuffisant mais je ne peux pas dire que cette famille m'exploite car, parfois, ils me couvrent de beaucoup de cadeaux dont le coût dépasse souvent mon salaire", se convainc-t-elle.

Madeleine Affoué, employée dans une famille à Yopougon (Ouest d'Abidjan), ne connaît pas la même joie de vivre que Jacqueline. La quarantaine passée, cette mère de deux enfants dit se "débrouiller" avec les 20.000 FCFA de salaire mensuel.

"Cela fait un an que je suis au service de cette famille où je suis arrivée par l'intermédiaire d'une agence de placement de filles de ménage. Je sais que je suis payée au rabais pour les travaux que j'effectue mais je n'ai pas le choix", se désole Madeleine. Elle se plaint, également, de l'harcèlement de son "patron".

"Il me fait, régulièrement, des avances. Et à chaque refus, j'essuie des insolences publiques de sa part devant ses enfants si ce n'est la femme qui me soupçonne de coucher avec son mari. Et puis, pour un verre cassé, on fait une ponction sur mon maigre salaire'' raconte-t-elle.

Pour sa part, Marguerite Yaba (30 ans) qui travaille chez un couple d'expatriés africains, ses patrons la "traitent" moins que rien. "Le mari et sa femme n'ont aucun respect pour l'être humain. Je n'ai pas droit à un repos. Ils veulent toujours me voir en train de travailler comme une bête de somme", s'insurge-t-elle.

"Chaque jour, je ne dors pas avant minuit et dire que je dois me lever à 5h 30 pour reprendre une autre journée infernale. S'il arrive, par hasard, qu'un verre ou une assiette se casse, je suis sanctionnée avec des jurons à la clé. Le comble, on me paie à compte goutte chaque mois. Le salaire de 25. 000F est fractionné de telle sorte que je ne peux pas faire d'économies pour quitter cette galère", raconte Marguerite.

Les employeurs, eux, jettent l'anathème sur ces "filles" quand bien même, elles leur rendent d'énormes "services". Moustapha Diaby, enseignant comme son épouse, met en cause la "moralité" de ces filles de ménage.

"Ce sont des vipères que les agences de placement nous envoient. Elles n'ont aucun respect pour les maîtres des foyers. Généralement, ces filles font des retenues sur l'argent du marché qu'on leur confie et manquent de propreté. Pourtant quand on sollicite les agences de placement, elles promettent que les filles sont des anges. Il n'en est rien", décolère M. Diaby.

Pour Dr Yvonne Kouamé, médecin, il faut relativiser les comportements des filles de ménage qui sont "généralement" issues de familles "modestes" et qui, souvent, ont "plusieurs bouches à nourrir avec leur maigre" salaire.

"Ce ne sont pas tous les patrons qui maltraitent les filles de ménage. Moi, je ne fais pas de différence entre Elisa, ma servante, et mes enfants. Je pense que ces filles ont besoin de réconfort et d'égard de la part des employeurs. Car, elles tiennent la vie de toute la famille dans leurs mains", préconise-t-elle.

Un avis partagé par Landry Séa, gérant d'une maison de placement de filles de ménage. "Il y a des patrons véreux qui en plus de sous-payer les employées, usent de toutes sortes de ruse pour tenter d'abuser, sexuellement d'elles. Et quand ces filles viennent les dénoncer auprès de nous, ils trouvent des raisons pour les accabler, les traitant de voleuse, paresseuse", explique-t-il.

Face à la situation préoccupante, le ministère de la Solidarité, de la Famille, de la Femme et de l'Enfant (MSFFE) a introduit de nouveaux modules dans la formation du personnel de maison.

Dans un entretien accordé à APA, Ouassa Arsène Guy-André Michel Ipaud, Assistant à la Direction des Institutions de Formation et d'Education Féminine (DIFEF) dudit ministère a indiqué que le MSFFE sensible, à la question du personnel de maison, notamment, les filles de ménage, entend leur donner une formation alternative.

"La femme, dans sa dignité, ne doit pas être bafouée. C'est pourquoi le MSFFE offre aux jeunes filles des modules de formation qui leur permettent de se prendre en charge ou de bien tenir les maisons", dit-il.

Ces modules, pour parer aux insuffisances des filles de ménage, vont de "l'entretien à la gouvernance en passant par la blanchisserie et autre nounou" précise M. Ipaud soulignant qu'en 2012, quarante jeunes filles ont pu bénéficier de cette formation avant d'être "installées à Yopougon et à Vridi".

Sur la question du traitement des filles de ménage, déjà, en fonction, M. Ipaud a déclaré que l'objectif de la tutelle étant de rendre à toute femme sa "dignité", une "règlementation" réparera ces "injustices".

En attendant, les filles de ménage, dans leur ensemble, saluent la récente mesure gouvernementale de hausse du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) qui passe de 36.690 à 60.000 FCFA. "C'est le moment pour nous de revendiquer ce salaire", déclare Madeleine Affoué.

HS/ls/APA


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